Scoliose d’Usain Bolt : ces champions qui « n’auraient pas dû » faire de sport
Article publié en novembre 2017.
En bref
- Usain Bolt, l’homme le plus rapide de l’histoire sur 100 m, a une scoliose.
- Selon son autobiographie, sa jambe droite est d’environ 1,3 cm (un demi-pouce) plus courte que la gauche.
- Une scoliose n’empêche pas de faire du sport.
Ces pathologies qui n’en sont pas
Cas n° 1 : une cavalière qui se met à courir

Cette semaine une jeune patiente cavalière de bon niveau, consulte en ostéo pour des douleurs de genou à la course à pied. Elle a débuté la course cette année mais entre la scoliose qu’on lui a diagnostiquée à l’âge de 12 ans et son consciencieux vendeur de chaussures qui lui annonce qu’elle une pronation d’arrière-pied, elle est persuadée d’être tordue et que c’est pour ça qu’elle a mal…
Quand on sait que 80% des blessures en course à pied sont dues à des erreurs d’entrainement… Ça me fait mal au cœur, d’entendre que cette fille qui vient de découvrir la course, pense que ce sport n’est pas pour elle et qu’elle se sente mal foutue… Heureusement super-ostéo est là pour remettre tout ça droit!
Alors pour vous, une discrète scoliose associée à un pied légèrement pronateur, c’est une contre-indication à la pratique de la course à pied? C’est une indication de ceinture lombaire, de gainage intensif ou encore de semelles orthopédiques ou de chaussures avec correction anti-pronateur? Et la course est-elle vraiment faite pour elle?
Personnellement, je trouve que ça fait beaucoup de problèmes et d’artifices pour une fille qui n’a jamais eu de problèmes musculo-squelettiques avant, malgré la pratique intensive d’un autre sport…
Alors doit-on conseiller le sport aux personnes qui sont « mal foutues »?
Cas n° 2 : la scoliose d’Usain Bolt
Voici un athlète que l’on ne présente plus, Usain Bolt, certainement l’humain le plus rapide sur 100m des derniers millénaires. Un chasseur surnommé T8, le chasseur de Willandra était peut être plus rapide que Bolt. Quoiqu’il en soit notre héros des temps moderne aurait-il pu être si rapide en ayant une scoliose?
Je vous laisse observer la magnifique scoliose de Bolt :
Oui, Usain Bolt a une scoliose. Dans son autobiographie The Fastest Man Alive, il explique qu’elle rend sa jambe droite d’environ 1,3 cm plus courte que la gauche, ce qui déséquilibre son bassin. En début de carrière, il se blesse presque chaque année, notamment aux ischio-jambiers. Avec son équipe, il mise sur un travail régulier du tronc et du dos.
La suite, on la connaît : ses records du monde sur 100 m (9,58 s) et sur 200 m (19,19 s) datent de 2009.
En 2017, des chercheurs de la Southern Methodist University (Dallas) ont analysé sa foulée en vidéo : sa jambe droite frappe le sol avec 13 % de force en plus, et son pied gauche reste environ 14 % plus longtemps au contact du sol (New York Times). Selon Peter Weyand, qui a dirigé l’étude, cette asymétrie est probablement une adaptation : la corriger ne le rendrait pas plus rapide, voire le ralentirait. Les résultats étaient préliminaires.
Faut-il en conclure quelque chose ? Aurait-il été meilleur en corrigeant cela ?
Cas n° 3 : Jessica Ashwood, nageuse avec une scoliose
Jessica Ashwood, nageuse de l’équipe olympique d’Australie aux JO de Londres en 2012 à l’âge de 18ans, en 2015 elle gagne la médaille de bronze aux championnats du monde de 400m nage libre en grand bassin…
Son secret?
Son secret, peut être une scoliose? Là encore, nos yeux trahissent les préjugés que l’on a sur la scoliose… Tu ne pourras pas faire de sport, tu auras mal au dos plus tard, tu es tordue, tend ton bras que tu nages, etc. Imaginez ce que l’on met dans la tête d’un adolescent quand on lui dit cela… Visiblement ce n’est pas ce qui a empêché Jessica Ashwood de s’entraîner dur…
Cas n° 4 : les jambes d’Almaz Ayana
Vous ne l’avez peut-être pas raté ce weekend, l’éthiopienne Almaz Ayana a remporté ce weekend le semi-marathon de Delhi (Inde) en 1:07:11, jamais aucune française n’a performé à ce niveau. Et pourtant pouvait-elle pratiquer la course à pied en raison de ses jambes?
Cette photo n’est pas sans rappeler les images maintenant bien connues de Priscah Jeptoo.
Cas n° 5 : la pronation de Haile Gebreselassie
Est-il besoin de le présenter? Un des plus grand coureur de fond de tous les temps, 2 médailles d’or olympiques, 8 fois champions du monde (salle et plein air).
Mais sérieusement, il n’y a pas un type qui a oublié de lui prescrire des semelles et des chaussures anti-pronation? (Sur la pronation, voir aussi notre exercice correctif de pronation d’arrière-pied.)
Cas n° 6 : Jim Abbott, lanceur né sans main droite
Jim Abbott, ce nom ne vous dit peut-être rien, nous sommes en 1991 et Abbott termine la saison en tant que 3ème meilleur lanceur de baseball de la ligue américaine. Un petit détail, Jim est né sans main droite… il plaçait sur son bras droit sans main un gant de baseball pour gaucher, qu’il enfilait rapidement dans la main gauche une fois son tir décoché vers le frappeur, afin d’être prêt à attraper une balle cognée en sa direction (source wikipédia).
Cas n° 7 : l’entasis grec
J’ignore d’où vient l’idée que la nature et la beauté, pour être juste, devrait être symétrique. D’où vient le fait que nous devrions être tous égaux, en mesure, par rapport à la verticalité… En revanche, ce que je sais, c’est que même les grecs avaient compris que les droites rectilignes ne sont pas compatibles avec les règles d’esthétiques les plus triviales c’est à dire l’architecture. Le joyaux de l’antiquité, qu’est le Parthénon d’Athènes en est un exemple.
En effet, pour compenser une illusion d’optique qui donnerait au spectateur l’impression que les côtés des colonnes sont concaves s’ils étaient parfaitement rectilignes, les architectes grecs furent obligés de bomber légèrement les colonnes: cette technique s’appelle l’entasis.

Peut-on faire du sport avec une scoliose ?
Oui. Il n’y a pas de raison de restreindre le sport par principe : la surveillance de la courbure, et l’éventuel traitement, se décident avec le médecin. Notre cavalière, Jessica Ashwood ou Usain Bolt le rappellent : une colonne asymétrique ne prédit ni la douleur, ni la performance.
Questions fréquentes
Usain Bolt a-t-il une scoliose ?
Oui. Selon son autobiographie, elle s’accompagne d’une jambe droite plus courte d’environ 1,3 cm.
Sa scoliose l’a-t-elle ralenti ?
Rien ne le prouve. L’étude de 2017 montre une foulée asymétrique, mais les chercheurs pensent qu’elle l’aide à aller vite plutôt qu’elle ne le freine. L’étude n’était pas terminée au moment de sa publication.
Peut-on faire du sport avec une scoliose ?
Oui. Sauf indication médicale contraire, la scoliose ne justifie pas d’arrêter le sport. Le suivi de la courbure reste à faire avec un médecin.
Conclusion
Vous l’aurez compris, avant de parler handicap à nos patients, ne leur cassons pas leurs rêves, encourageons les... Toute anomalie de symétrie qui irrite notre cerveau et notre logique biomécanique dont le dictateur est: un fil à plomb, n’est pas la cause d’une douleur a priori, au même titre qu’en médecine on nous apprend que toute femme en âge de procréer est enceinte, l’asymétrie n’est pas synonyme de douleur. C’est un principe de prudence qui me semble utile à rappeler quand on voit le pouvoir nocif de ces considérations à long terme chez nos patients…
La seule bonne raison pour laquelle ces athlètes n’auraient pas dû faire de sport est que nos sportifs français seraient montés d’une place dans les classements… #frenchchauvinism
Parfois ce qui est beau est chaotique










Bravo pour cet article. La question qui ressort trop souvent de ces exemples est « n’aurait il pas été plus fort sans sa pathologie ». Peut être. Mais aurait il eut la même rage de vaincre, la même volonté d’entraînement.
À mon sens, on en revient encore et toujours au fait que rien n’est impossible tant qu’on prend le temps, qu’on permet au corps de s’adapter. Je rajouterai donc ici les exemples de personnes connues des kinés, messieurs pilates et feldenkraiss. Avant d’être des créateurs de techniques, ils ont été des personnes quasi paralysé et à force de volonté et d’observation, ont trouvé des méthodes pour retrouver du mouvement
Bon article, en effet, le sport est fait et bon pour tous, certains sont plus adaptés que d’autres en fonction des pathologies ou malformations du (futur) sportif. Un bon kiné ou un bon ostéopathe ainsi que de bonnes chaussures peuvent rrégler et empêcher pas mal de blessures.
Un article très intéressant.
Ils on réussi mais à quel prix? Je me demande quels sont les conséquences à long terme? Est qu’un sportif professionnel peux être un bon exemple pour un patient qui vient au cabinet? Un sportif qui est bien entouré par un ostéopathe, un kiné, um médecin, un entraîneur…
A voir et définir quels sont les prioritaires de ce patient.
Je suis entièrement d’accord qu’il faut encourager et préparer leur corps et l’esprit le mieux possible pour une activité physique ou professionnel!