Le MDT est-il adapté aux athlètes ?

Ce weekend, j’ai eu la chance d’assister au Masterclass de l’Institut McKenzie intitulé « MDT & Athletes » enseigné par Greg Lynch (NZ) et Georg Supp (GER).  Deux jours de cours dans une très bonne ambiance pour ce cours qui était donné pour la première fois en France.

MDT et kiné du sport, est-ce compatible ?

L’image que l’on a du MDT

Quand on parle Méthode McKenzie (MDT : Mechanical Diagnosis and Therapy), on pense extension lombaire sur le ventre et auto-traitement (cf. mon article J’ai fait McKenzie Partie A).

On peut donc légitimement se demander si le MDT est adapté aux pathologies des sportifs ? Le bilan et le traitement McKenzie sont-ils suffisamment spécifiques pour s’appliquer efficacement aux athlètes de haut niveau ?

Le postulat de la prise en charge du sportif

Dans le même temps, quand on parle de kiné du sport et notamment pour la prise en charge des élites et sportifs professionnels, on ne pense pas spontanément McKenzie. On a plutôt en tête qu’après blessure, l’idéal est :

  • Un bilan avec des tests orthopédiques bien menés,
  • Des imageries rapides et pertinentes,
  • Un diagnostic patho-anatomique précis.

L’objectif de ce triptyque est d’avoir une idée précise des délais de reprise sportive et des protocoles de soin à mettre en place.

Est-il utile de faire passer des imageries ?

C’est un sujet sur lequel j’aimerais faire un article prochainement. On accorde actuellement trop d’importance aux « anomalies » résultant des imageries car il est retrouvé une grande proportion d’imageries « anormales » chez des patients asymptomatiques, que ce soit au niveau des extrémités ou de la colonne et ce quelque soit l’âge des patients.

En attendant un article sur le sujet, vous pouvez jeter un œil à cette infographie issue du blog d’Adam Meakins The Sports Physio :

Est-il utile de poser des diagnostics anatomiques ?

Pourtant, même si le triptyque (tests, imageries, diagnostics patho-anatomique) est séduisant, il s’avère qu’il n’est pas spécialement très efficace. Concernant l’intérêt de l’imagerie, on commence à être au point sur le fait que l’on ne traite pas des images mais des patients. Au sujet des tests, vous pouvez aussi jeter un œil à ce papier de Eric Hegedus et Chad Cook (2017) sur l’intérêt d’utiliser des tests orthopédiques spécifiques pour poser un diagnostic précis qui conclue que « autant tirer à pile ou face que de poser un diagnostic », dit autrement dans de nombreux cas, le diagnostic patho-anatomique c’est « de la piquette avec un beau packaging ».

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C’est de la piquette avec un beau packaging ».

Si vous n’êtes pas convaincu de la problématique de poser des diagnostics patho-anatomiques, j’ai adoré cette référence à l’étude de Weir 2015 sur les douleurs dans l’aine, on a présenté 2 études de cas à 23 experts internationaux de ces pathologies, pour le cas clinique n°1, cela à aboutit à 18 diagnostics différents et pour le cas clinique n°2, les 23 experts internationaux en douleurs de l’aine ont réussi à se mettre d’accord sur 22 diagnostics différents !!!! WTF ?????

Les à prioris passés…

D’une part, le MDT ce n’est pas uniquement des exercices de traitement du rachis.

D’autre part, la science ne soutient pas la pertinence des diagnostics patho-anatomiques comme critères de retour au sport ou comme guide de management pour les pathologies du sportif. La réponse clinique semble au moins aussi fiable.

L’apport du MDT pour les sportifs

En tant que McKenziste (Partie A, B et C pour ma part, alors que mon pote Cyril a déjà fait la partie D, mais je ne t’en veux pas…), on a une certaine confiance en notre capacité à exclure des douleurs d’origine rachidiennes mais aussi dans notre capacité à restaurer la fonction articulaire.

Pour vous en convaincre, je vous conseille de prendre connaissance de l’étude EXPOSS (Exploring a Process for differentiating extremity pain of Spinal Source) menée par Richard Rosedale et Georg Supp (en attente de publication, il me semble) qui explore à quelle fréquence les douleurs des extrémités viennent du rachis.

Même si une bonne proportion des douleurs des extrémités peut être modifiée par des mouvement du rachis, et que le MDT inclue aussi des bilans mécaniques des extrémités, est-ce suffisant pour affirmer que le MDT peut prendre en charge des sportifs et leur fournir l’opportunité de retourner rapidement et de manière performante à leur activité ?

C’était bien tout l’objet de ce cours de 2 jours au sujet de la place du MDT dans la prise en charge des athlètes.

On peut d’ores et déjà mettre en avant le fait que le MDT, avec son bilan précis, basé sur des réponses symptomatiques, sur des prises de marqueurs mécaniques, fonctionnels, psycho-sociaux, avec ses principes d’auto-traitement, avec sa progression des forces, a peut-être son mot à dire quant à la prise en charge des sportifs…

Oui mais…

Si vous avez entamé le cursus MDT, vous pouvez penser que c’est bien gentil de dire ça, mais à part restaurer les amplitudes articulaires et abolir les douleurs, le cursus MDT est un peu léger sur la kiné du sport surtout pour le Return to Sport (RTS) et la récupération des capacités musculaires.

C’est un peu vrai, surtout si vous n’avez suivi que les parties A et B, ça l’est déjà un peu moins si vous avez exploré les pathologies des extrémités en parties C et D. Car oui, le MDT implique le traitement mécanique des pathologies des membres mais aussi des stratégies de renforcement musculaire et d’activité physique générale, de retour précoce à l’activité professionnelle ou sportive, de progression des sollicitations des structures, etc.

Un bilan peu spécifique aux sportifs

Il est une réalité que la fiche bilan McKenzie est insuffisante pour accompagner un sportif jusqu’à sa reprise sportive. Il manque clairement de la place pour recueillir des informations sur l’athlète, son sport, son entrainement, son niveau, ses prétentions sportives, etc.

Pourtant, comme on a pu le voir ce weekend, libre à nous d’aller recueillir des informations pertinentes auprès du patient et de les noter en complément de notre bilan MDT. C’est même vivement recommandé.

C’est bien d’ailleurs ce qui est enseigné durant le cursus MDT, en complétant nos bilans par le START-BACK par exemple. C’est juste que j’ai eu tendance à réduire le bilan MDT à sa seule fiche bilan, pourtant en reprenant les polys et mes notes des parties A, B et C, il m’a bien été dit d’adapter mon bilan à mon patient…

Le contenu de cours de ce Masterclass

A travers ce cours Greg Lynch et Georg Supp nous ont, par exemple, présentés de nouveaux algorithmes de prise en charge des pathologies musculo-squelettiques et notamment des atteintes des tissus mous, des fractures de stress, etc. Ainsi que l’adaptation de nos prises en charge de dérangements et de dysfonctions ou de la catégorie Autre à des sportifs.

En gardant nos principes de prise de marqueurs, de prescription d’exercices, de réévaluations systématiques, d’éducation du patient, les McKenzistes sont en réalité déjà bien armés pour s’adapter aux sportifs. Il faut juste penser à aller plus loin que la restauration de fonction articulaire et de s’adapter à notre patient.

« Le MDT ce n’est pas uniquement réduire des dérangements »

Du coup, en respectant le bilan MDT, l’algorithme décisionnel et en intégrant le patient à son sport, Greg et Georg à travers de nombreux cas cliniques nous ont poussés à élaborer des stratégies de traitement exigeantes et adaptées à des compétiteurs même de très haut niveau.

Rien de neuf sous le soleil ?

Je n’ai pas non plus dit que le MDT allait révolutionner la prise en charge des sportifs car on en vient toujours à des principes « de base », il faut faire progresser graduellement la charge d’entraînement/de réhabilitation (notion d’optimal loading) de nos patients. Ce qui est vrai pour un sédentaire à qui on fait faire 6×10 flexions lombaires par jour, est vrai pour un athlète pour qui on va intégrer, par exemple, des mouvements balistiques de hanche pour solliciter son tendon proximal des ischio-jambiers peut-être 5 à 6x par jour également… Tout est une question de bonne posologie…


« Load me up »

Au sujet de l’optimal loading, lors de ce cours, on a fait une grosse session sur les tendinopathies (dysfonction contractile pour les McKenzistes, pourquoi ne pas avoir la même dénomination que tout le monde d’ailleurs ? On attend surement que le monde scientifique se mettre d’accord sur une dénomination commune…). Après une présentation de l’état de la science sur le sujet (Jill Cook, Ebony Rio, protocole d’Alfredson, HSR, isométrique, combiné, etc), nous avons expérimenté la mise en place de stratégies de traitement spécifique à notre patient et non l’application stricte de protocoles issus de la littérature scientifique.

Comme je l’ai fait remarquer en cours, on a un peu tendance à oublier que les protocoles de traitement que l’on voit dans la littérature scientifique sont plus adaptés au design du protocole de recherche que spécifiques à la présentation clinique des patients de l’étude. Il est donc vivement conseillé de comprendre les principes de la littérature scientifique et de les adapter au patient que l’on a en face de soi plutôt que d’appliquer strictement des plans de traitement !

Mon bilan

J’ai vraiment apprécié les multiples cas cliniques et surtout le fait que ce soit un vrai masterclass et non pas une révision des principes vus dans le cursus MDT. Pour le dire différemment, on n’a pas bouffé du bilan MDT et de l’algorithme McKenzie !!! On a réfléchi, élaboré, critiqué, adapté des présentations cliniques, des plans de traitements et la mise en place d’exercices.

On a aussi un peu pratiqué

Il manquait sûrement une ou deux évaluations live de patients et parfois j’aurai aimé que les formateurs nous rentrent un peu plus dedans pour pousser plus loin nos réflexions et nos propositions (sûrement la politesse anglo-saxonne…).

C’est toujours un vrai bonheur de parler pathologies des sportifs, de confronter nos façons de faire avec des internationaux et d’accumuler de nouvelles connaissances sur ces sujets.

Franchement, je vous conseille ce cours, qui m’a permis de mieux saisir l’utilisation du MDT d’emblée pour les sportifs en y incorporant notre expérience et nos connaissances en pathologies musculo-squelettiques. Non pas que je trouvais cela incompatible. Mais le cursus MDT est déjà très riche de nouvelles infos, il faut du temps pour intégrer l’algorithme décisionnel MDT juste pour ce qui est des dérangements articulaires. Ce qui fait que je me suis senti presque obliger d’abandonner mes tests habituels (tests orthopédiques, évaluation de la fonction musculaire, évaluation de la charge d’entraînement de l’athlète,…) par peur de perdre du temps et la rigueur du bilan MDT. Du coup, j’avais tendance à opposer bilan mécanique MDT à la recherche d’un dérangement à bilan musculo-squelettique pour un patient sportif. Ce qui est sûrement une erreur car en survolant les poly MDT tout cela est déjà abordé… C’est juste que cela prend sûrement un peu de temps à vraiment se fondre dans notre pratique ainsi qu’à reconnaître rapidement les présentations cliniques.

Dans le cadre des sportifs, j’avais un petit conflit intellectuel entre ma prise en charge habituelle des pathos musculo-squelettiques et la nécessité d’exclure une origine rachidienne grâce au MDT. J’avais du mal à comprendre comment exclure une origine rachidienne sans partir sur un bilan MDT strict. Autrement dit, comment faire un bilan de pathologie musculo-squelettique sans perdre trop de temps avec mon bilan MDT. Chose qui est résolue pour moi grâce à ce cours. Reste plus qu’à voir des vrais patients pour voir ce que cela donne (#placo).

Le « Take Home Message » des formateurs

Au final, avec les sportifs, qui sont des humains comme les autres (je crois que c’est Georg qui a dit ça; en rigolant; ou pas) :

  • Il faut aussi être spécifique en fonction de notre bilan, de l’athlète, de sa charge d’entraînement, de son sport, de son environnement, de ses objectifs [tout cela est une grosse partie du cours, hyper intéressante]
  • Nos habitudes de Mckenziste notamment sur les feux de la circulation sont un bon moyen pédagogique de management des patients.
  • En MDT, on ne fait pas que prescrire des exercices !

Un prochain cours en France ?

Mon petit doigt m’a dit qu’il y aura un Masterclass « MDT & Athletes » prochainement en France, et qu’il sera donné par Florence MORISSEAU, toujours pointue et passionnée de sport. Il y aura sûrement moins de cas cliniques avec des footballeurs et plus avec des handballeuses ou des ultra-traileurs…

Le off

Le cours s’est déroulé dans une super ambiance avec des ateliers différents et des interactions (Kahoot, quiz, etc.).

D’ailleurs il est extrêmement important de préciser que j’ai terminé sur le podium du kahoot (3ème) derrière Jordane (2ème) et Paul (The best).

Que l’hôtel conseillé par Flo était top (et le tien Flo ?), que la baignoire de Marie devait être top aussi, que Jib se lance dans de super infographies c(f. infra), que Jimmy ne dort pas assez et qu’on adore battre les Blacks au rugby (ça c’était avant !) et que oui la Mannschaft a bien 4 étoiles sur son maillot Georg !

NB : il faudrait une étude, mais les DIP MDT (Georg, Flo) se lèvent plus tôt que les non certifiés pour faire leur footing.

NB 2 : merci pour la relecture Marie et JB.

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