Agenda kiné : pourquoi ne plus utiliser Google Agenda (RGPD, HDS)
Article publié en 2015, entièrement réécrit en octobre 2026. À l’époque, nous recommandions Google Agenda pour gérer le cabinet. Nous ne le recommandons plus, et voici pourquoi.
En 2015, notre cabinet de 6 kinés et une secrétaire tournait entièrement sur Google Agenda : un compte Gmail au nom du cabinet, un agenda par praticien, les rendez-vous récurrents des patients, les adresses des domiciles et même les transmissions au remplaçant dans le champ « description ». C’était gratuit, partagé, accessible depuis le téléphone. On trouvait ça génial.
Dix ans plus tard, la réponse est claire : un agenda kiné ne doit pas être tenu sur un Google Agenda gratuit. Un agenda de cabinet contient des données de santé, et la loi encadre strictement l’endroit où elles sont stockées, qui peut y accéder et avec quel contrat. Voici ce qu’il faut savoir, ce que nous faisions de travers, et par quoi le remplacer.
En bref
- Un rendez-vous chez le kiné associé au nom d’un patient est une donnée de santé au sens du RGPD.
- Si cet agenda est hébergé chez un prestataire (dans le cloud), ce prestataire doit être certifié HDS (hébergeur de données de santé) et un contrat de sous-traitance doit être signé.
- Un compte Gmail gratuit ne coche aucune de ces cases. Google Workspace (payant) peut être mis en conformité, mais c’est au cabinet de tout configurer.
- Le plus simple : un agenda intégré à un logiciel kiné ou une plateforme de rendez-vous santé hébergés HDS.
Un agenda de kiné contient des données de santé
On a tendance à penser que l’agenda, c’est de l’administratif, et que les données de santé, c’est le bilan. En réalité, le simple fait qu’une personne identifiée ait rendez-vous chez un masseur-kinésithérapeute, deux fois par semaine depuis six mois, révèle quelque chose de son état de santé. Le RGPD (article 4, point 15) définit les données de santé comme les données « relatives à la santé physique ou mentale d’une personne physique […] qui révèlent des informations sur l’état de santé de cette personne ».
Et un agenda de cabinet contient rarement que des noms. Dans le nôtre, on trouvait le motif (« genou LCA J+15 »), le type de séance (kiné, ostéo, domicile), l’adresse du patient, son téléphone, et parfois un compte rendu complet pour le remplaçant. C’est un petit dossier patient qui ne dit pas son nom.
Ce que dit la réglementation en 2026
Quatre textes s’appliquent à l’agenda d’un kiné libéral.
| Texte | Ce qu’il impose pour l’agenda |
|---|---|
| RGPD, articles 9, 28 et 32 | Les données de santé sont des données sensibles. Tout prestataire qui les traite pour vous est un sous-traitant : un contrat écrit est obligatoire (art. 28) et la sécurité doit être adaptée au risque (art. 32). |
| Code de la santé publique, art. L. 1111-8 | Toute personne qui héberge des données de santé pour le compte d’un professionnel de santé doit être certifiée HDS. |
| Référentiel CNIL « cabinets médicaux et paramédicaux » (délibération n° 2020-081 du 18 juin 2020) | Il vise expressément les plateformes de prise de rendez-vous en ligne : le prestataire « doit être hébergeur agréé ou certifié » et un contrat de sous-traitance doit être conclu. |
| Code de déontologie des kinés, art. R. 4321-55 du CSP | Le secret professionnel « couvre tout ce qui est venu à la connaissance du masseur-kinésithérapeute dans l’exercice de sa profession », y compris le fait qu’une personne soit votre patient. |
La certification HDS a été durcie en 2024
Le référentiel HDS a été révisé par un arrêté du 26 avril 2024 (publié au Journal officiel le 16 mai 2024). Depuis, les données de santé doivent être stockées dans l’Espace économique européen, et l’hébergeur doit indiquer dans le contrat si lui ou ses sous-traitants sont soumis à une loi d’un pays tiers permettant un accès aux données. Les hébergeurs déjà certifiés avaient jusqu’au 16 mai 2026 pour se mettre à jour. En clair : en 2026, « certifié HDS » veut dire HDS version 2, et c’est ce qu’il faut demander à un éditeur.
Le risque n’est pas théorique
La CNIL contrôle aussi les libéraux. En décembre 2020, elle a sanctionné deux médecins libéraux de 3 000 et 6 000 euros d’amende (décisions SAN-2020-014 et SAN-2020-015) parce que des images médicales de leurs patients, avec noms et dates de consultation, étaient accessibles sur internet. Au-delà de l’amende, une fuite de données patients engage la responsabilité du kiné devant l’Ordre au titre du secret professionnel.
Pourquoi Google Agenda gratuit ne convient pas à un cabinet de kiné
Google Agenda est un excellent outil. Le problème n’est pas l’outil, c’est le cadre dans lequel on l’utilise avec un compte Gmail gratuit :
- Pas d’hébergement HDS. La certification HDS de Google ne s’applique qu’à Google Cloud et Google Workspace « lorsqu’ils sont utilisés par des entreprises », sous conditions. Un compte grand public n’est pas concerné.
- Pas de contrat de sous-traitance. Avec un compte gratuit, vous acceptez les conditions d’utilisation grand public de Google. Il n’y a pas de contrat au sens de l’article 28 du RGPD entre le cabinet et Google.
- Un seul identifiant partagé. Un compte « cabinet » dont tout le monde connaît le mot de passe empêche de savoir qui a consulté ou modifié quoi, et rend impossible de couper l’accès d’un remplaçant parti.
- Des données qui se dispersent. Invitations envoyées aux patients, notifications qui s’affichent sur l’écran verrouillé du téléphone personnel, agendas partagés avec des adresses Gmail de remplaçants : chaque partage est une copie de plus hors de votre contrôle.
- Pas de vraie gestion de la conservation. Le référentiel CNIL prévoit une conservation limitée et organisée (cinq ans en base active, puis archivage). Un agenda Google garde tout indéfiniment, ou perd tout sur une fausse manipulation : nous le notions déjà en 2015, une suppression est irrécupérable.
Et avec Google Workspace payant ?
Soyons honnêtes : c’est possible. Google indique que sa certification HDS v2.0 (obtenue en juillet 2025) couvre Google Agenda dans Google Workspace. Mais à trois conditions qui reposent sur le cabinet : souscrire une offre Workspace professionnelle, signer l’avenant HDS proposé par Google, et configurer le stockage des données dans l’EEE. Il faut ensuite créer un compte nominatif par praticien, activer la double authentification, et tenir vous-même le registre et les règles de conservation. C’est faisable pour un cabinet à l’aise avec l’informatique, mais on se retrouve à faire le travail d’un éditeur de logiciel médical, sans les fonctions métier (rappels SMS, prise de rendez-vous en ligne, lien avec la facturation).
Ce que nous faisions en 2015, et ce qu’il faut faire aujourd’hui
| Notre pratique de 2015 | Le problème | À faire en 2026 |
|---|---|---|
| Un compte Gmail gratuit au nom du cabinet | Ni HDS, ni contrat, identifiant partagé | Un outil hébergé HDS, un compte nominatif par praticien |
| « DUPONT Josette » en récurrence pendant 4 ans | Nom + fréquence des soins = donnée de santé, conservée sans limite | Récurrences dans un agenda métier avec durée de conservation définie |
| Bilans et transmissions dans le champ « description » | Un dossier patient hors de tout cadre | Transmissions dans le dossier patient du logiciel, pas dans l’agenda |
| Adresses des domiciles pour le remplaçant | Partage de données identifiantes avec un compte personnel | Accès remplaçant temporaire et nominatif, coupé à la fin du remplacement |
| Rappel de rendez-vous par invitation Google | Copie de l’agenda chez le patient, sur des serveurs non maîtrisés | Rappels SMS ou e-mail envoyés par l’outil, sans motif de soin |
| Appli Google Agenda sur le téléphone perso | Notifications visibles, téléphone non sécurisé | Appli de l’éditeur, code de verrouillage, notifications sans nom de patient |
Nos affiches contre les rendez-vous oubliés restent valables, elles !
Par quoi remplacer Google Agenda au cabinet ?
Trois familles d’outils répondent au besoin d’un cabinet de kiné :
- L’agenda intégré au logiciel métier kiné. La plupart des logiciels de facturation et de télétransmission proposent un agenda multi-praticiens relié au dossier patient. C’est souvent la solution la plus simple si votre logiciel est en ligne.
- Une plateforme de prise de rendez-vous santé. Agenda partagé, réservation en ligne par les patients, rappels SMS. Utile si vous voulez réduire les appels au secrétariat.
- Un agenda partagé généraliste hébergé HDS, si vous voulez seulement remplacer Google Agenda sans changer le reste. Plus rare et à vérifier de près.
La check-list avant de choisir
- L’éditeur ou son hébergeur figure-t-il sur la liste des hébergeurs certifiés HDS de l’Agence du numérique en santé ? Demandez le certificat (HDS v2).
- Un contrat de sous-traitance (article 28 du RGPD) est-il fourni ?
- Peut-on créer un compte par praticien, avec des droits différents pour la secrétaire et les remplaçants ?
- La double authentification (ou la carte CPS / e-CPS) est-elle possible ?
- Les rappels patients peuvent-ils être envoyés sans mentionner le motif de soin ?
- Peut-on exporter ses données si l’on change d’outil ?
Si vous êtes encore sur Google Agenda : quoi faire en attendant
Le temps de migrer, limitez les dégâts : retirez les motifs, bilans et transmissions des descriptions d’événements, supprimez les adresses des patients, arrêtez d’envoyer des invitations aux patients, activez la double authentification sur le compte, changez le mot de passe partagé et retirez l’accès des anciens remplaçants. Puis supprimez l’historique une fois les données reprises dans le nouvel outil. Ces mesures réduisent le risque, elles ne rendent pas l’usage conforme.
Questions fréquentes
Un kiné a-t-il le droit d’utiliser Google Agenda ?
Pas pour y noter ses patients avec un compte Gmail gratuit : les données ne sont pas hébergées par un hébergeur certifié HDS et aucun contrat de sous-traitance n’existe. Pour son agenda personnel ou des réunions sans données patients, aucun problème. Avec Google Workspace payant, avenant HDS signé et stockage configuré dans l’EEE, l’usage peut être mis en conformité.
Mettre seulement les initiales du patient suffit-il ?
Non. Des initiales associées à un créneau, un numéro de téléphone ou une adresse permettent toujours d’identifier la personne : ce sont des données pseudonymisées, qui restent des données personnelles au sens du RGPD. Cela réduit le risque, sans dispenser d’un hébergement adapté.
Un agenda papier est-il conforme ?
La question de l’hébergeur HDS ne se pose pas pour un agenda papier, qui reste au cabinet. Le secret professionnel s’applique toujours : l’agenda ne doit pas traîner sur le comptoir de l’accueil, ni être lisible par les patients en salle d’attente.
Combien de temps conserver l’historique des rendez-vous ?
Le référentiel de la CNIL pour les cabinets paramédicaux prévoit une conservation de cinq ans en base active à compter de la dernière intervention, puis quinze ans en archive sécurisée, soit vingt ans au total à compter de la dernière prise en charge.
Sources
- CNIL, référentiel relatif à la gestion des cabinets médicaux et paramédicaux, délibération n° 2020-081 du 18 juin 2020 (JO du 28 juillet 2020).
- Code de la santé publique, article L. 1111-8 (hébergement des données de santé) et article R. 4321-55 (secret professionnel du masseur-kinésithérapeute).
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), articles 4, 9, 28 et 32.
- Agence du numérique en santé, certification HDS ; référentiel révisé par l’arrêté du 26 avril 2024 (JO du 16 mai 2024).
- Google Cloud, page HDS et ASIP Santé, consultée le 20 octobre 2026.
- CNIL, décisions SAN-2020-014 et SAN-2020-015 du 7 décembre 2020.

Adopté !
Est-il possible de créer des rappels de RDV systématiques avant chaque séance par mail pour les patients ?
Sinon très bonne idée cet agenda.
on peut envoyer un mail au patient mais pour le coté automatique je ne sais pas. Gmail a des widget complémentaires dans le « labo » mais je n’ai jamais creusé ce sujet. Si vous trouvez l’info n’hésitez pas à partager votre expérience ici.
Est il possible, pour les patients traumato de mettre 2 sur le même créneau?
Je pense que tu peux en mettre autant que tu veux en même temps mais deux c’est sûr que oui. Je laissais souvent mes patients qui ont annulé ou qui ont déplacé en gris pour me souvenir qu’il y a eu un changement et le patient qui remplace en couleur.
Bonjour,
Je suis médecin. J’ai utilisé également au tout début Google Agenda qui est plus ou moi pratique pour notre profession (pas de fiche patient).
Mais il faut savoir que les données dans votre agenda appartiennent à Google (sauf si vous vous inscrivez à Gsuite à priori…). Donc il n’y a aucune protection de vos données et de vos patients.
Un ami m’a informé qu’avec […]* on peut avoir un agenda en ligne pour les professionnels de santé (pour 60 euros à l’installation puis 0 euros/mois sauf SMS). Je viens de m’inscrire. L’agenda est ultra pratique (bien plus que google). Je vais essayer les rendez vous en ligne pour les suivi (voir les premières fois aussi pour essayer).
Merci d’avoir partagé votre expérience. (*NDLR: Ce commentaire s’apparentait à de la pub j’ai donc enlevé la marque citée. Julien Blogdukine)
Bonne continuation.
Personnellement je n’apprécierais pas que mon kiné donne des indications sur mon état de santé à google …
Je rejoins Yvan sur les données non sécurisés.
Google agenda est certe pratique mais à éviter surtout quand on voit on peut voler un compte Gmail …
Salut Julien et merci pour tes articles,
Qqs questions qu’on est nombreux à se poser :
1/ Peut-on utiliser Google Agenda avec la nouvelle réglementation RGPD ?
2/ Si non, la version payante Gsuite protège-t-elle les données ?
3/ En cas de contrôle, il me semble qu’une trace écrite ou « non modifiable » de l’agenda des rdv est obligatoire non ? Du coup, sais-tu comment faire si on utilise un agenda modifiable en ligne ?
4/ Même question pour les drive comme Google Drive ou autre pour synchroniser les fiches patients entre pc, smartphone et tablette ? A-t-on le droit de les utiliser ? Est-ce sécurisé ?
Ça fait bcp de questions mais peut-être que ça peut donner 2 ou 3 idées d’articles ;-)
Bien à toi,
Yann
Hello.
L article est déjà ancien et les nouvelles règles ont accentuer le problème.
Merci pour les idées d’article. Je vais creuser ça ;-)
Bonjour,
À mon avis avec le RGPD c’est clairement pas possible d’utiliser les services Google. Et pourtant c’est bien pratique.
Les données de santé étant « sensibles » nous n’avons théoriquement même pas le droit de communiquer avec nos boites mails non sécurisées.
Je donne pas de leçons, je me sers régulièrement des services de Google et de mon compte Gmail pour parler avec des médecins, mais ça ne rend pas la pratique légale. C’est ce qui justifie les boites mails sécurisées obligatoires. Ce qui justifie que les services comme Véga, BDKapp, Kobus, utilisent des serveurs agréés pour stocker les données patients… À notre petite échelle de cabinet ça doit être la même chose.
Tu as raison, cet article est déjà ancien. Effectivement les données de santé doivent être stockées sur des serveurs agréés il me semble. Merci de ton com en tout cas.