Quand l’Evidence Based Practice vacille!

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Nous l’entendons à présent à toutes les sauces, l’Evidence Based Practice (la pratique basée sur les preuves scientifiques) doit et devra être la référence quant au choix de nos techniques de soins.

La démarche scientifique doit donc être le chemin obligatoire vers la vérité. Car c’est elle qui amène à mieux comprendre la réalité.

Mais cette démarche scientifique si louable et utile soit elle, n’est pas dénuée de croyances, d’erreurs, de biais, de fraude, de manque de reproductibilité. Et tout cela sans parler du manque de moyens, de la difficulté à mener une étude solide avec des échantillons suffisants, suivis sur du long terme.

 

2015: L’étude de Science qui a fait trembler le monde scientifique

Cet été est paru une étude dans Science (rien que ça) réunissant 270 chercheurs (Open Science Collaboration. Estimating the reproducibility of psychological science. Science. 2015 Aug 28;349(6251):aac4716. doi: 10.1126/science.aac4716.) qui souhaitaient évaluer la reproductibilité des études scientifiques en psychologie.

Sur 100 études a priori solides, qu’ils ont tenté de reproduire, moins de la moitié étaient effectivement reproductibles. Pire sur 97% des études avec des résultats significatifs, il s’avéra que seulement 36% ont montré des résultats effectivement significatifs!

 

Les fraudes dans les sciences

La fraude dans la science était le sujet des Entretiens d’Auxerre qui ont eu lieu du 12 au 14 novembre derniers en plein attentat français. Ce congrès a été la source d’un article de Science et Avenir, intitulé « La fraude dans les sciences ». L’article passe en revue une liste non exhaustive des différentes triches de l’histoire effectuées par le monde scientifique, en commençant par le scandale Volkswagen.

 

Les causes que l’on peut évoquer

Les scientifiques prennent souvent la posture de « superchercheurs » au-delà de tout soupçon. Personnellement je suis persuadé que les hommes sont tous les mêmes et que le facteur triche et abus est le même à tous les niveaux. Pas plus, pas moins! Pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

Alors qu’est-ce qui pousserait les scientifiques a tricher de plein gré ou malgré eux? L’article du Monde évoqué dans le paragraphe suivant nous en donne un aperçu:

  • le problème de méthode statistique employée
  • le manque de temps
  • le laxisme
  • la malhonnêteté
  • la pression hiérarchique
  • la chasse au budget
  • la course au prestige

 

2013: L’étude qui avait déjà ébranlé le monde scientifique

Un article du Monde de novembre 2013, intitulé « Une étude ébranle un pan du monde scientifique », parlait déjà des problèmes de reproductibilité des études scientifiques en écartant les triches humaines et en incriminant plutôt la méthode scientifique en elle-même.

En effet, un article paru dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, intitulé « Revised standards for statistical evidence » a mis en évidence que la principale source d’erreur des études scientifiques serait tout simplement statistique. Ce serait la méthode statistique employée qui ferait défaut et selon l’auteur de l’article ce serait 17 à 25% des études actuelles qui s’avéreraient fausses avec une analyse statistique plus pertinente. Cette imprécision statistique expliquerait donc les problèmes de manque de reproductibilité des études.

 

Un problème bien plus profond

L’Institut de Recherche sur les Expériences Extraordinaires (INRESS) a rédigé un article (Les dogmes de la Science remis en cause par Rupert Sheldrake) au sujet de la conférence TEDx de Rupert Sheldrake sur « L’illusion de la Science« . Cette intervention a été tellement polémique qu’elle a été dans un premier temps retirée d’internet.

Rupert Sheldrake et bien d’autres éminents scientifiques ou encore nombres de philosophes sont d’accord pour dire que la science n’est pas capable de soumettre ses propres dogmes à un examen scientifique sérieux.

En gros, les scientifiques sont capables de nous dire que nous sommes pleins de croyances et pourtant eux sont incapables d’interroger leurs propres croyances.

Une des plus grosse croyance à l’heure actuelle est qu’il existe des constantes fondamentales dans l’Univers (vitesse de la lumière, constante de gravitation, constante de Planck) alors qu’il semble que ces constantes soient des approximations mathématiques certes extrêmement puissantes et utiles pour les scientifiques mais approximatives!

Rupert Sheldrake: « il y a un conflit au cœur de la science. D’un coté, elle repose sur une méthode de recherche basée sur la raison, la preuve, et l’investigation collective, et de l’autre, elle est fondée sur un système de croyances. Malheureusement, ce consensus existant sur la réalité des choses en est venu à inhiber et restreindre la recherche libre qui est l’essence même de l’effort scientifique ».

Conclusion

Pour conclure cet article polémique à souhait, les adeptes de l’Evidence Based Practice me diront qu’avec des articles comme ça on risque de discréditer la science alors qu’elle est utile et trop peu utilisée en kinésithérapie. L’ignorance actuelle de l’EBP par le kiné lambda, conduit certainement à un manque de chance pour le patient, mais il ne faut peut être pas jurer que par cela.

Les « anti » EBP qui ont « l’expérience » et surtout leurs croyances seront par cet article confortés dans leur pensée extrêmiste.

Il s’agit donc, comme l’exprime si bien Sheldrake, d’utiliser la méthode scientifique basée sur la raison, la preuve et l’investigation collective. Cette rigueur qu’elle soit scientifique (ou pas d’ailleurs) est à encourager sous toutes ces formes. En revanche, les croyances de chacun et notamment celle des scientifiques est à interroger sans cesse, nous nous devons de faire la chasse à nos propres croyances afin de préserver l’intuition créative qui elle, est toujours bénéfique surtout lorsqu’elle inspire les génies.

Pour ma part, j’estime qu’il serait judicieux de consacré 50% de notre temps à jouer l’intuition et l’expérimentation et 50% à étudier, chercher, rechercher, se documenter. Malheureusement à l’heure actuelle, il est bien plus rentable de faire sa tambouille chacun dans son coin.

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