Le phénomène de centralisation: un secret bien gardé

Le phénomène de centralisation, bien connu des adeptes de la méthode McKenzie, est méconnue de beaucoup de kinésithérapeutes français. Est-ce parce que les McKenziste en gardent précieusement le secret?

Qu’est-ce que le phénomène de centralisation de la douleur?

Je vais tenter de faire une explication sauce BlogDuKiné de ce concept. Et oui, je suis très McKenzie en ce moment (cf. les articles suivants: J’ai fait McKenzie Partie A et Pourquoi je me lance dans une formation Mc Kenzie?).

Le phénomène de centralisation de la douleur c’est la disparition (en McKenzie, ils parlent d’abolition) d’une douleur distale d’origine rachidienne en réponse à des exercices thérapeutiques (The centralization phenomenon of spinal symptoms–a systematic review. Aina A, May S, Clare H. Man Ther. 2004 Aug;9(3):134-43.).

Nous sommes donc en présence d’une douleur rachidienne irradiant dans un membre (par exemple une sciatalgie avec une douleur jusqu’au mollet) pour laquelle on observe une disparition de la douleur distale. Plus simplement la douleur va moins loin dans le membre, on dit qu’elle centralise. Pour notre sciatalgie, la douleur dans le mollet disparaît et irradie uniquement jusque dans l’ischio par exemple (cf. figures) :

 

Exercices thérapeutiques?

Ok, on a compris si j’observe chez mon patient que « la douleur remonte » c’est qu’on a affaire à une centralisation de la douleur. Mais le point crucial à comprendre c’est que la douleur centralise en réponse à des exercices thérapeutiques!

Quels exercices je peux faire faire à mon patient pour que sa douleur change de localisation?

C’est sur ce point que les McKenzistes peuvent tous répondre d’une seule et même voix en disant : les mouvements répétés!

C’est le physiothérapeute Robin McKenzie qui a décrit cela dès 1981, dans un livre: The Lumbar Spine: Mechanical Diagnosis and Therapy. Spinal Publications. Waikanae, New Zealand. McKenzie RA, 1981.

Pour se donner les meilleures chances d’observer une centralisation de la douleur chez notre patient, il convient donc de lui faire réaliser des mouvements répétés dans la bonne direction (les McKenzistes appellent cela la préférence directionnelle), c’est à dire celle qui lui fera centraliser sa douleur!!

C’est bien gentil mais on fait quoi concrètement?

Concrètement, on tente des exercices et on tâtonne jusqu’à trouver celui qui permet de centraliser la douleur. Mais Dame Nature est bien bonne et statistiquement on a quelques moyens d’organiser nos propositions d’exercices pour trouver rapidement celui qui permet d’observer une centralisation de la douleur. Donc on tente les exercices les plus probables en fonction du tableau clinique.

Pour les lombaires c’est à ce moment qu’intervient la fameuse technique en extension lombaire en procubitus (cf. photo) :

Author: Amanda Mills, USCDCP

En effet, environ 80% des patients lombalgiques qui peuvent centraliser, centralisent en extension. L’extension est donc, pour ces patients, LA préférence directionnelle.

On va rentrer dans des exemples concrets mais qui sont des généralités, c’est à dire que ce ne sera pas exactement le cas de votre patient lundi matin prochain!!!

Je reprends donc mon lombalgique avec irradiation dans le mollet sur un trajet de sciatalgie. Classiquement, je lui demande d’effectuer 1 à 3 série de 10 extensions en procubitus et il me décrit pendant les exercices et surtout après les exercices une douleur distale qui disparait (abolie): BINGO!! J’ai une centralisation de la douleur!

En bonus, bien souvent si je demande à notre patient d’effectuer des mouvements répétés en flexion (opposée à la préférence directionnelle de notre patient), on observera une périphérisation de la douleur…

Voilà je pense que vous avez compris ce qu’était la centralisation de la douleur.

Ce qui est cool, c’est que si ça centralise, ça centralise pendant la séance et juste après vos exercices, c’est la classe!! (Oui je sais la méthode McKenzie c’est l’autonomisation du patient mais c’est quand même cool pour le thérapeute!!).

Très bien super, mais ça sert à quoi?

L’hypothèse de Robin McKenzie était que les patients qui centralisaient lors de l’examen clinique présentaient un meilleur pronostic que les autres! Depuis de nombreuses et solides études l’on démontré :

Pain response to sagittal end-range spinal motion. A prospective, randomized, multicentered trial. Donelson R, Grant W, Kamps C, Medcalf R. Spine (Phila Pa 1976). 1991 Jun;16(6 Suppl):S206-12.

The use of lumbar extension in the evaluation and treatment of patients with acute herniated nucleus pulposus. A preliminary report. Kopp JR, Alexander AH, Turocy RH, Levrini MG, Lichtman DM. Clin Orthop Relat Res. 1986 Jan;(202):211-8.

A descriptive study of the centralization phenomenon. A prospective analysis. Werneke M, Hart DL, Cook D. Spine (Phila Pa 1976). 1999 Apr 1;24(7):676-83.

The centralization phenomenon of spinal symptoms–a systematic review. Aina A, May S, Clare H. Man Ther. 2004 Aug;9(3):134-43.

The centralization phenomenon: Its role in the assessment and management of low back pain. C.L. Davies, C.M. Blackwood, MD. BCMJ, Vol. 46, No. 7, September 2004, page(s) 348-352

Donc en présence d’une centralisation de la douleur, même chez des patients qui a priori sont opérables, on peut affirmer qu’il y a de fortes chances que votre patient aille rapidement mieux (de l’ordre de 6 à 12 semaines) et puisse éviter la chirurgie.

Et ça marche pour toutes les lombalgies?

 

Bon, si la thérapie mécanique McKenzie avait guéri tous les lombalgiques du monde anglo-saxon, je pense que vous seriez au courant! Donc non ça ne guérit pas TOUS les lombalgiques.

En effet, le phénomène de centralisation de la douleur lors de mouvements répétés s’adresse à un sous-groupe de lombalgiques dont la douleur est d’origine discale. L’observation d’une abolition d’une douleur distale à l’issue d’exercices thérapeutiques avec préférence directionnelle permet d’affirmer avec un certain degré de confiance que nous sommes en présence d’une douleur discogénique et ça c’est une avancée assez extraordinaire pour l’avenir de la prise en charge des patients lombalgiques.

Pour aller plus loin sur ce sujet, un excellent article de Mark Laslett peut vous intéresser:

 

 

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