Et si votre patient manquait de magnésium?

Le manque de magnésium est souvent bien connu des patients, ou en tout cas fait partie de ses croyances, mais rarement bien maîtrisé par les kinésithérapeutes.

Cet article a été rédigé grâce à l’excellent livre de Denis Riché: Micronutrition, santé et performance : Comprendre ce qu’est vraiment la micronutrition

Que nous dit la science à se sujet et quand doit-on penser à un déficit en magnésium chez nos patients?

L’INPES souligne que 84% des hommes et 91% des femmes n’apportent pas par l’alimentation les Apports Nutritionnels Conseillés (ANC) en magnésium.

Le magnésium est impliqué dans plus de 250 réactions enzymatiques.

Ok donc à partir de là nous pourrions dire que nous manquons tous de magnésium mais est-ce que pour autant nous sommes tous malades?

Ce qui revient à se demander, est-ce que, malgré un apport non optimal,nous ne fonctionnons pas bien?

L’idée pour le thérapeute est donc de détecter les patients qui présentent un déficit d’apport en magnésium ET qui en souffrent!! Parce que si le but est de dire qu’environ 90% des gens en manquent il n’y a pas besoin d’être thérapeute!! Il suffit de s’appeler Doctissimo.

Si vous vous appelez Doctissimo, vous pouvez aussi dire que si votre patient est fatigué sûrement qu’une cure de magnésium ne fera pas de mal.

Pas très pro tout cela, même si il est vrai que l’asthénie fait partie des signes d’un déficit de magnésium. D’autant qu’une asthénie n’est certainement pas toujours due à un déficit en magnésium.

 

Malheureusement, il n’y a aucun test ou marqueur suffisamment pertinent pour mettre en évidence un déficit en magnésium problématique.

99% du magnésium corporel est intracellulaire donc non mesurable directement.

Les données cliniques que l’on a, reposent sur une chose: si le taux plasmatique de magnésium(donc extra cellulaire) chute on observe:

  • effondrement de la VO2max
  • crampes
  • moindre tolérance à la chaleur
  • troubles du sommeil
  • problème de récupération

Mais ces symptômes correspondent à un métabolisme du magnésium extrêmement perturbé en rapport avec une carence majeure.

En pratique clinique, ces symptômes ne se rencontrent quasi jamais associés.

Cependant de nombreuses études ont montré l’intérêt d’un apport quotidien de magnésium sur des paramètres comme la force, la respiration, l’effort aérobie.

Il semble à présent établit que certaines personnes présentent un profil génétique nécessitant plus de magnésium que les ANC. De plus, une sudation importante notamment chez les sportifs ou en cas de fortes chaleurs comme en juillet dernier, les pertes minérales sont accrues.

D’ailleurs, j’ai vu en juillet plusieurs patients en ostéopathie venant pour des « lumbagos » qui présentaient des contractures unilatérales du carré des lombes survenues pour des efforts non maximaux. Cette série de patients était inhabituellement élevée par rapport au reste de l’année. Peut-être un signe de carence locale en magnésium?

Les apports nécessaires pourraient se situer aux alentours de 360mg par jour (environ 6mg/kg et par jour). Sachant qu’en moyenne dans notre alimentation habituelle en France il y a 120mg/1 000Calories. Donc la ration habituelle journalière est insuffisante pour un apport satisfaisant.

Avant de complémenter tous nos patients en magnésium, il est important de comprendre comment on peut améliorer les apports par l’alimentation. En effet, il s’avère que pour une grande partie d’entre nous, les déficits d’apport résident simplement dans nos mauvais choix alimentaires.

Concrètement, si on change certaines de nos habitudes alimentaires on peut améliorer significativement nos apports en magnésium:

  • manger plus de légumes secs, moins de pâtes et de riz blanc
  • consommer des eaux minérales types Hépar, Contrex, Rozanna, Courmayeur
  • cuire à la vapeur (sinon perte de minéraux) des légumes comme les bettes, le soja,…
  • consommer des fruits de mer (bigorneaux) ou des algues
  • favoriser l’apport de fruits secs (amandes, noix de cajou)
  • diversifier son alimentation pour un apport constant et suffisant.

 

Chez les patients représentant de réelles carences malgré un effort alimentaire judicieux, une complémentation par des sels de magnésium pourra s’avérer nécessaire. La question est de savoir qu’elles sont les capacités d’assimilation au niveau intestinal de tels apports à haute concentration.

A retenir:

  • le magnésium est impliqué dans plus de  250 réactions enzymatiques
  • l’ANC n’est pas atteint pour environ 90% de la population française
  • Un déficit d’ANC n’est pas signe de troubles fonctionnels
  • des ANC satisfaisants peuvent toutefois améliorer les activités enzymatiques
  • la complémentation n’est que rarement nécessaire
  • une meilleure alimentation est le plus souvent suffisante

 

A lire Comprendre ce qu’est vraiment la micronutrition.

 

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