Zoom sur le test de Jobe
Le test de Jobe, aussi appelé test de la canette vide (empty can test) ou test du supra-épineux, est un test clinique de l’épaule qui évalue le supra-épineux et son tendon en cas de suspicion de tendinopathie ou de rupture de la coiffe des rotateurs. Patient, assis ou debout, place l’épaule à 90° d’abduction dans le plan de la scapula, en rotation interne maximale avec le pouce vers le sol, puis résiste à une force dirigée vers le bas appliquée par le thérapeute. Le test est positif en cas de douleur reproduite ou de faiblesse par rapport au côté sain, mais sa valeur diagnostique reste limitée quand il est utilisé seul, d’où l’intérêt de l’associer à d’autres tests cliniques, comme le Full Can, ou à l’imagerie.
Donc si vous soupçonnez une atteinte du sus-épineux chez un patient ? Le test de Jobe, aussi appelé test de la canette vide (empty can test) ou test du sus-épineux, est l’un des premiers réflexes. Ces trois noms désignent le même test (La Médecine du Sport). Il se fait en 30 secondes et il est positif en cas de douleur et/ou de faiblesse, mais seul, il ne suffit pas pour poser un diagnostic.
Objectif du test
Le test de Jobe sert à repérer une souffrance du sus-épineux et de son tendon : tendinopathie, rupture partielle ou rupture de la coiffe des rotateurs. On l’utilise aussi dans la douleur sous-acromiale, mais c’est là qu’il est le moins spécifique (nous y revenons plus bas).
Comment réaliser le test de Jobe
Le patient est debout ou assis. Le test se fait idéalement des deux côtés pour pouvoir comparer.
- Placez les épaules à 90° d’abduction, dans le plan de la scapula (environ 30° en avant du plan frontal).
- Demandez une rotation interne maximale, coudes tendus, pouces vers le sol, comme si on vidait une canette.
- Appliquez une résistance isométrique vers le sol, sur les avant-bras, les poignets ou les coudes.
- Comparez avec le côté sain.
Ces repères sont ceux décrits chez Piriforme et Physiotutors.
Signes positifs
Le test est positif si le patient ressent une douleur et/ou si une faiblesse musculaire est présente par rapport au côté controlatéral.
Les deux signes n’ont pas la même valeur. La diminution de force est plus pertinente que la douleur pour dépister une rupture. La douleur sans faiblesse évoquerait plutôt une tendinopathie sans rupture, mais cela n’est pas encore validé (La Médecine du Sport). Dans l’étude de Yazigi et al. (2021), le meilleur critère de positivité était la douleur associée à la faiblesse (PubMed).
Fiabilité du test : que valent les chiffres ?
Deux notions à garder en tête, sans jargon :
- Sensibilité : parmi les patients qui ont vraiment la lésion, combien ont un test positif. Avec 88 % de sensibilité, 88 personnes sur 100 qui ont la lésion présentent une douleur et/ou une faiblesse.
- Spécificité : parmi les patients qui n’ont pas la lésion, combien ont un test négatif. Avec 62 % de spécificité, 62 personnes sur 100 sans lésion n’ont ni douleur ni faiblesse.
Voici ce que donnent les principales études :
| Étude | Ce qu’on cherchait | Sensibilité | Spécificité |
|---|---|---|---|
| Holtby 2004 | Tendinopathie ou rupture partielle | 62 % | 54 % |
| Holtby 2004 | Rupture large ou massive | 88 % | — |
| Itoi 1999 | Rupture, critère faiblesse | 77 % | 68 % |
| Itoi 1999 | Rupture, critère douleur | 63 % | 55 % |
| Hermans 2013 (revue, JAMA) | Pathologie de la coiffe | 71 % | 49 % |
| Hegedus 2012 (revue) | Syndrome douloureux sous-acromial | 74 % | 30 % |
| Jain 2017 (cohorte ROW) | Rupture du sus-épineux | 88 % | 62 % |
| Yazigi 2021 (IRM) | Rupture du sus-épineux | 81 % | — |
| Pandey 2023 (arthroscopie) | Rupture transfixiante | 97 % | 83 % |
| Katepun 2023 (IRM) | Rupture transfixiante | 47 à 84 % | 25 à 67 % |
Sources : Holtby, Itoi (via La Médecine du Sport), Hermans (via Piriforme), Hegedus (via Physiotutors), Jain, Yazigi, Pandey, Katepun.
Ce qu’il faut comprendre de ce tableau
Les résultats varient beaucoup d’une étude à l’autre. Cela dépend de ce qu’on cherche (tendinopathie ou rupture), du critère choisi (douleur ou faiblesse) et de la référence utilisée (IRM, arthroscopie). Pandey trouve 97 % de sensibilité, mais sur des patients opérés, donc un contexte très favorable. Katepun, avec l’IRM comme référence, conclut que le test a une faible valeur diagnostique (PMC).
Dans l’ensemble, le test de Jobe est plutôt sensible mais peu spécifique : il repère assez bien les patients qui ont une lésion, mais il se déclenche aussi chez des patients qui n’en ont pas. Surtout, un test négatif n’élimine pas une rupture : les auteurs de l’étude de Yazigi concluent que l’examen physique a des valeurs limitées pour exclure une rupture (PubMed).
Ce que ça change en consultation
Un Jobe positif avec faiblesse franche doit vous faire penser à une rupture. Un Jobe positif avec douleur seule doit surtout vous faire penser à une tendinopathie. Un Jobe négatif ne vous dispense pas de chercher plus loin.
Pour confirmer, associez-le à d’autres tests. Dans l’étude de Yazigi, le test de Patte et la rotation externe résistée sont les plus efficaces pour distinguer une rupture complète d’une rupture partielle (PubMed). Si le doute persiste ou si l’évolution n’est pas bonne, l’imagerie (échographie ou IRM) reste le meilleur moyen de trancher (PMC).
À lire aussi : test de Neer, test de Hawkins, test de Patte, drop arm test.
Jobe ou Full Can ?
Le Full Can test (canette pleine) se fait comme le Jobe, mais avec le pouce vers le haut, en rotation externe. Il a été développé comme alternative car la rotation externe provoque habituellement moins de douleur. Quand on évalue la force, les deux tests ont des performances similaires (La Médecine du Sport).
Dans l’étude de Jain, le Full Can est moins sensible (70 %) mais plus spécifique (81 %) que le Jobe (88 % et 62 %) (PMC). En pratique, faire les deux est un bon réflexe, surtout si le patient ne supporte pas la rotation interne.
Attention : le Jobe n’isole pas le sus-épineux
On l’appelle « test du sus-épineux », mais il ne sollicite pas que lui. Une étude par électromyographie (Boettcher et al.) montre que le test active le sus-épineux à environ 90 % de sa contraction maximale, mais aussi les autres muscles de la coiffe et d’autres muscles de l’épaule (Physiopedia). Piriforme fait le même constat en citant Lewis 2016 (Piriforme). Un test positif traduit donc une souffrance de l’épaule en élévation, pas forcément une atteinte isolée du sus-épineux.
Pour aller plus loin
Le scapular retraction test. Si le patient est faible au Jobe, refaites le test en stabilisant la scapula en rétraction. Kibler et al. (2006) ont étudié cette manœuvre pour distinguer la force apparente de la force réelle du sus-épineux (PubMed). Si la force revient, la faiblesse venait au moins en partie de la scapula, et la rééducation doit aussi cibler son contrôle.
La « champagne toast position ». Une position d’évaluation du sus-épineux, avec 30° d’abduction, une petite rotation externe, 30° de flexion et 90° de flexion du coude, a été proposée pour mieux isoler le sus-épineux par rapport au deltoïde (La Médecine du Sport).
Ne confondez pas avec le Jobe relocation test. Même nom, autre objectif : ce test recherche une instabilité gléno-humérale antérieure, pas une atteinte du sus-épineux.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre le test de Jobe et l’empty can test ?
Aucune, ce sont deux noms du même test.
Comment tester le sus-épineux ?
Bras à 90° dans le plan de la scapula, rotation interne, pouces vers le sol, résistance vers le bas. Le Full Can (pouces vers le haut) en est la variante.
Le test de Jobe est-il douloureux ?
Il peut l’être en cas de tendinopathie ou de rupture. Si la douleur empêche de le réaliser, le Full Can est souvent mieux toléré.
Un test de Jobe négatif exclut-il une rupture ?
Non. L’examen clinique a des valeurs limitées pour exclure une rupture (PubMed).
Quelle est la différence entre le test de Jobe et le Full Can ?
Le Full Can se fait pouces vers le haut, en rotation externe, et il est souvent moins douloureux. Il est moins sensible mais plus spécifique que le Jobe dans l’étude de Jain.
Conclusion
Le test de Jobe est une aide au diagnostic utile, mais pas hyper puissante. Il a le mérite d’être simple à mettre en œuvre et il vous oriente, surtout si vous cherchez une faiblesse. Mais il ne repère pas toutes les lésions, il se déclenche aussi chez des patients qui n’en ont pas, et il n’isole pas le sus-épineux. La bonne stratégie est de le combiner avec d’autres tests (Full Can, Patte, drop arm, Neer) et de recourir à l’imagerie quand le doute persiste.
Sources
- Jobe FW, Moynes DR. Delineation of diagnostic criteria and a rehabilitation program for rotator cuff injuries. Am J Sports Med. 1982.
- Itoi E et al. Which is more useful, the « full can test » or the « empty can test, » in detecting the torn supraspinatus tendon? Am J Sports Med. 1999.
- Holtby R, Razmjou H. Validity of the supraspinatus test as a single clinical test in diagnosing patients with rotator cuff pathology. J Orthop Sports Phys Ther. 2004.
- Kibler WB et al. Evaluation of apparent and absolute supraspinatus strength in patients with shoulder injury using the scapular retraction test. Am J Sports Med. 2006.
- Boettcher CE, Ginn KA, Cathers I. The « empty can » and « full can » tests do not selectively activate supraspinatus. J Sci Med Sport. (référence citée par Physiopedia)
- Hermans J et al. Does this patient with shoulder pain have rotator cuff disease? JAMA. 2013. (citée par Piriforme)
- Jain NB et al. The diagnostic accuracy of special tests for rotator cuff tear: the ROW cohort study. 2017.
- Yazigi Junior JA et al. Supraspinatus tears: predictability of magnetic resonance imaging findings based on clinical examination. J Shoulder Elbow Surg. 2021.
- Pandey A et al. Can clinical tests show high diagnostic accuracy in the assessment of degenerative full-thickness rotator cuff tears? J Musculoskelet Surg Res. 2023.
- Katepun S et al. Reliability of the single-arm and double-arm Jobe test for the diagnosis of full-thickness supraspinatus tendon tear. 2023.


Dans cette vidéo, il dit que le but de la rotation médiale a comme but de minimiser l’effet du deltoïde. Seul le faisceau moyen fait une abduction, est ce que cette rotation a un gros effet d’après vous ?