Comment masser sans se blesser ni se fatiguer?

Comment masser sans se blesser ni se fatiguer? Voici le thème ambitieux qu’une praticienne de bien-être s’est donné pour son livre « Posturologie du massage« .

Posturologie du massage – Comment masser sans se blesser ni se fatiguer

Le groupe éditorial Piktos, à travers les éditions Dangles, m’ont envoyé un exemplaire de ce livre. Le livre ne semble clairement pas dédié aux kinés.

Toutefois, on conçoit très bien que le sujet peut nous intéresser. En effet quel masseur-kinésithérapeute DE n’a jamais été confronté à une journée de 12h autour de sa table de massage?

Comme je l’ai dit, le sujet du livre est ambitieux et le résultat est à mon sens un mélange de confusions, d’approximations et de bons conseils.

Je ne vais pas me faire beaucoup d’amis sur cette critique de livre car cela représente beaucoup de travail pour son auteur mais je pense qu’être honnête rendra service à tout le monde.

Le thème de la « bonne position » du thérapeute est une des premières choses que l’on apprend en 1ère année d’IFMK. Mais l’auteur incite à quelque chose que l’on oublie souvent, prendre de la distance par rapport à ce que l’on fait, s’observer, s’interroger, se corriger, penser à soi tout simplement pour ne pas tomber dans les mauvaises habitudes et les mauvaises attitudes.

Toutefois, les livres sur le sujet sont rares et l’ergonomie au travail des kinés n’est pas très développé dans notre profession. Du coup les praticiens de bien-être se sont saisis du sujet.

Carole Berger, « massothérapeute » comme elle se définit a tenté à travers ce livre d’amener des conseils à la lumière de justifications plus ou moins claires.

Certains de nos confrères ont participé à ce travail en donnant des lumières « professionnelles » dont le but est certainement d’appuyer ce qui est dit.

Une excellente idée de livre

Le bien-être au travail concerne également les praticiens et les thérapeutes et l’auteur du livre ne s’y est pas trompé. L’introduction est d’ailleurs là pour le mettre en avant, un témoignage sincère des difficultés que chacun peut rencontrer avec les journées de travail qui s’enchainent et qui s’allongent dans le temps. Pensez à soi pour un thérapeute n’est pas un affront ni un manque d’empathie.

Il y a certainement un peu de vrai là dedans:

« Ce n’est que dans l’écoute subtile de son propre corps que l’on peut trouver le juste placement, équilibré et sans tension »

Confusions

Dès la première page, on nous présente en première ligne la contribution généreuse d’une masseur-kinésithérapeute DE, puis de l’ambassadeur des Journées Mondiales du Bien-être et enfin on apprend qu’un »ostéopathe DE » oui oui j’ai bien dit DE, a également participé. Ça donne le ton!

En introduction, on apprend que la personne qui reçoit le massage sera appelée « client » tout au long du livre.

Et le livre flirte dangereusement entre la boutique téléachat et la notion de thérapeutique. Un chapitre entier est dédié aux « troubles musculo-squelettiques » (TMS)  en massage. On peut y lire que « le système sympathique, au contraire, est celui du ralentissement général, de la détente ». Oh la boulette!!! Ou encore  sur les lésions tissulaires, de grandes vérités du genre « certains tissus récupèreront bien, d’autres auront perdu pour toujours leur solidité ». Un paragraphe est dédiés aux techniques pour une guérison rapide en cas de blessure avec comme conseils: amande douce, harpagophytum, ortie et autre gouttes de gaulthérie… Il y a tout de même une petite astérisque disant qu’il faut consulter un médecin avant tout. Ouf!

Et niveau Evidence Based Medecine, on est loin très loin de propos ayant un sens.

 

Posturologie?

Le titre « posturologie du massage » suggère une science de posture. Malheureusement le titre est mensonger, rien de scientifique là dedans. L’objectif du livre est certainement de vulgariser le sujet pour le rendre accessible au plus grand nombre notamment à ceux qui ne possèdent pas les connaissances anatomiques et biomécaniques suffisantes, pourquoi ne pas l’assumer et le dire dans le titre?

Avec de belles œillères et des raccourcis honteux avec en citations, Busquet, les chaînes GDS, Mézières, on apprend qu’une posture naturelle du corps est l’absence de pieds plats ou creux, l’absence de varus ou de valgus de genoux, pas de bascule de bassin, le regard horizontal, la tête bien droite,etc. Avec comme outil d’évaluation, le fil à plomb. Non mais on va où? Si quelqu’un a une scoliose il est handicapé et c’est surement qu’il n’a pas assez travaillé sa posture qu’il est dans cet état là???? Voir même en lisant entre les lignes on pourrait même croire que  c’est normal qu’il ait mal quand il masse car il est anormal ce monsieur scoliotique.

Quelques bons conseils

Tout de même, il y a dans ce livres quelques exercices et conseils qui peuvent servir à tout travailleur pour se maintenir en bonne santé. Un chapitre est dédié aux qualités physiques du masseur.

Vous êtes vous déjà demandé si vos qualités physiques sont compatibles avec votre activité professionnelle? Si ce n’est pas le cas, il est tant d’entamer un programme de remise à niveau.

Renforcement musculaires, assouplissements et respiration sont conseillés pour aborder votre journée avec suffisamment de réserves pour la terminer.

Pour le kiné, ce sont des connaissances vulgarisées qui font bondir parfois ou qui n’apporteront pas grand chose. Mais l’esprit est là et nous sommes nombreux à devoir en prendre de la graine:

« Réinterroger chacune de ses postures, de ses gestes, se surprendre à débusquer des manoeuvres qui peuvent être améliorées est un challenge quotidien »

La conclusion est pourtant juste et pleine de bon sens, comme l’intention de l’auteur à écrire ce livre, ce sont les justifications qui sont fausses:

« Notre corps est précieux, en prendre soin est une discipline de chaque jour. L’invitation à une pratique « heureuse » de votre métier est lancée… »

 Je salue donc le bon état d’esprit et l’expérience de Carole Berger en tant que praticienne de bien-être. Je pense qu’un partage d’expérience plus développé, d’explications de ses positionnements lors de son travail auraient été bien plus riches et bien plus sérieux que les « justifications » qu’elle donne à son retour d’expérience.

Quelques âneries:

« La courbature est due à un muscle engorgé de toxines et déchets métaboliques »

« Lionel Branger, ostéopathe DE, estime qu’il est difficile, sans un examen approfondi, de savoir si ce sont les pieds plats qui provoquent la déviation du genou ou si c’est la déviation qui provoque le pied plat. »

« Une seule articulation sort de l’alignement est c’est toute la tour qui devient fragile »

 

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2 Comments

  1. Bonjour,

    Je ne réagis habituellement pas sur le web mais je tiens à vous remercier pour vos critiques, même si elles sont souvent implacables, il fallait que je les entende.
    Quelques boulettes …. Vous avez raison …. Aucune justification possible sinon une masse énorme de travail qui les a « masquées » à la relecture mais comme dans tout livre professionnel (j’en ai quelques uns de référence en bibliothèque qui en sont truffées), cela arrive. C’est certes un livre imparfait mais qui n’enlève rien à son utilité pour tous ceux et celles qui travaillent en spa, institus …. et dont la formation a souvent été trop courte sur ce point faute de réferentiel académique standart pour le métier.
    Il est évident qu’il ne s’adresse pas, à priori, aux kinés dont la formation longue et complète donne une assise scientifique certaine.
    J’ai souhaité reprendre les connaissances transmises par mes professeurs américains au niveau anato et compréhension du mouvement pour que chacun ait une base minimum. Et bien-sûr que je ne dis pas qu’une personne avec une scoliose n’a pas le bon équilibre mais il est vrai qu’aux USA, l’idée est souvent de partir de la « posture d’équilibre idéal » et d’en voir les déséquilibres. J’ai fait ce parti-pris et je suis désolée si l’ouvrage a pu faire comprendre que sans alignement, pas de « normalité ». Heureusement que ce n’est pas le cas et que beaucoup vivent avec une scoliose, des pieds plats et font une magnifique carrière. Mais il est vrai aussi, qu’il y a plus de « risques » et que la personne devra prendre d’avantage soin d’elle. C’est vrai aussi pour une personne qui a de l’arthrose ou une hernie discale.
    Quant au titre, le choix éditeur était très risqué et je le crois effectivement un peu ambitieux.
    Si je devais réécrire un nouveau livre, je suivrais vos conseils en insistant d’avantage sur ma propre expérience, les choix de posture que je mets en place et que je conseille à mes élèves, ce que j’ai fait mais après un détour « risqué » par des données anatomiques complexes et des points de vue de professionnels américains.

    Néanmoins, et je vous remercie de le reconnaître, ce travail a été titanesque et ma volonté de rester didactique m’a certainement poussé à quelques petits travers que connaissent tous les auteurs de livre pratique.
    Je suis, malgré tout, heureuse de l’avoir fait et heureuse de pouvoir partager avec ceux et celles qui travaillent dans le bien-être et que je forme depuis plus de 10 ans. Je suis aux premières loges pour entendre leurs souffrances et ce livre est une façon de leur dire qu’il existe des solutions.
    Je suis convaincue que, malgré ses défauts, il peut vraiment apporter des outils efficaces à beaucoup d’entre nous.
    Comme vous le dites, on peut trouver dans cet ouvrage quelques clés essentielles, une meilleure attention et compréhension de son corps et surtout les moyens d’améliorer sa condition physique.

    Alors encore une fois, merci de votre retour, d’avoir pris le temps de le parcourir. Si une deuxième édition se fait, je vous demanderai peut-être conseils pour éviter les écueils de cette première édition !

    Bien cordialement,
    Carole Berger, auteure du livre

  2. Merci Carole de votre commentaire. Faire quelque chose c’est s’exposer aux critiques. Ma position de critiquer est facile, en tout cas je réitère mon admiration pour le travail fourni.
    Une petite critique, il n’y a pas plus de risque d’avoir mal avec des pieds plats ou une scoliose, ceci fait parti des croyances. En revanche avoir de telles croyances expose à plus de douleur…
    Bien cordialement

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