Accompagner nos patients suite à un traumatisme

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En tant que kiné, en tant que soignant plus généralement nous allons être, en ces jours de deuil national, confrontés à des patients ayant subit un traumatisme plus ou moins direct suite aux attentats du vendredi 13 novembre 2015.

Il me semble qu’il est de notre rôle de kinésithérapeute de savoir accompagner les patients dans ce contexte et surtout de bien comprendre leurs possibles réactions.

 

Emotions et intellectualisation

Ce qui semble commun à tout le monde, ce sont les émotions que l’on peut ressentir face à ces évènements tragiques. Ces émotions peuvent prendre diverses formes conduisant à l’anxiété, à l’angoisse. L’autre voie pour éviter les émotions incontrôlées est l’hyperrationnalisation de la situation en intellectualisant tout.

« Apprendre à gérer ses émotions, ses imaginations. Ce sont des outils pour mieux appréhender son environnement »

Emotions

Dans la nature les émotions sont utiles pour avoir des comportements adaptés aux situations vécues, mais devant sa télévision, ces émotions sont suivies d’un sentiment d’impuissance car aucune action ne fait suite aux émotions. C’est alors que l’imagination peut prendre la suite et devenir dangereuse pour soi et/ou pour les autres. L’imagination nourrit bien souvent la peur. C’est à ce moment qu’apparaissent les amalgames, les réactions dénuées de sens, les paroles extrêmistes, les postures de torpeur, etc.

Intellectualisation

La voie de l’intellectualisation n’est pas non plus suffisante pour effectuer un deuil, car rationaliser la situation, utiliser son imagination pour résoudre un problème doit là aussi conduire à un comportement adapté. Mais comment rationaliser ce genre d’actes barbares et adopter un comportement face à cela en tant que témoin parfois juste audiovisuel ou en tout cas sans moyen d’action direct?

Contagion

L’anxiété est en plus « contagieuse », les enfants notamment sont extrêmement sensibles aux stress des adultes, ce qui est d’ailleurs un avantage dans une groupe social dans la nature lorsqu’un prédateur ou un danger apparaît.

Il est donc nécessaire de se préserver et de préserver les autres de cette « contagion » notamment se préserver des images parfois violentes ou choquantes de la TV, se préserver des paroles violentes et choquantes de certains. Restez des heures scotchés devant BFMTV dépasse le seul cadre de l’information, BFMTV est le genre d’idiotie qu’il faut éviter à tout prix pour se préserver de tomber dans l’anxiété irrationnelle.

 

Les cercles vicieux des émotions

Les réactions seront donc multiples, à la peur certains répondront par la sécurité, à la colère par la violence, à la tristesse par la pitié ou la torpeur mais ces réactions ne sont pas des solutions durables car la violence conduit à la violence, la sécurité nourrit la méfiance et la peur, la pitié et la torpeur incite à la posture stérile. Tous ces chemins ne conduisent pas à la joie.

 

Les solutions

Il existe pourtant deux sentiments qui apaisent les émotions et qui élèvent le niveau de l’humanité, ce sont la Paix et l’Amour. Alors toutes nos réactions de colère, de peur, de tristesse n’ont de sens que si elles amènent à la paix et l’amour. Il en est de même pour la violence, la sécurité et la pitié, elles n’ont de sens qu’au service de la Paix et de l’Amour. A bon entendeur…

 

Le deuil

La perte d’un proche ou d’un membre de sa communauté entraîne la souffrance. Chaque souffrance est unique, selon que l’on se sente proche ou pas du ou des êtres perdus et l’expression de cette souffrance peut prendre diverses formes (pleurs, agitation, mutisme, fatigue profonde,etc).

On appelle deuil, le travail qui consiste à se séparer de cette souffrance. Le deuil n’est pas un travail pour oublier mais bien un travail pour se séparer de la souffrance.

Dans un premier temps, nous devons donc respecter les émotions et les réactions de chacun et comprendre que le travail de deuil est propre à chacun.

Ce processus de deuil peut se faire à différents niveaux, au niveau de la Nation, c’est le sens des 3 jours de deuil national qui ont été décrété et au niveau individuel où chacun effectue son propre travail à différents rythmes et à différentes intensités.

 

  • Comprendre les phases du deuil

Cependant, selon les spécialistes, les phases du deuil sont communes à tous les deuils:

– Le choc de la perte:

C’est le temps des émotions fortes, de la torpeur, de la colère.

– Le bouleversement, le déséquilibre:

C’est la confrontation à l’absence, la perturbation des repères de la vie quotidienne, le temps de la souffrance, de la tristesse, du désespoir.

– La reconstruction

C’est le temps de retrouver du sens à la vie, le sens de la vie, de reconstruire son quotidien, d’établir de nouveaux repères, c’est également le moment où la présence du défunt s’intériorise notamment par le souvenir, le temps de la mémoire qui est le contraire de l’oubli.

  • Comment aider nos patients

La première chose qui semble dérisoire mais très importante est d’être présent et savoir continuer à être présent dans le temps.

Il s’agit ensuite de savoir écouter plutôt que de donner des conseils.

Il est important de savoir respecter les silences qui peuvent survenir dans la discussion.

Apprenons à écouter et respecter les émotions sans les juger même si parfois ces réactions peuvent être violentes.

N’imposez pas la discussion, aborder le sujet uniquement si la personne le souhaite, rien n’empêche de tendre la perche si vous sentez un malaise.

Et surtout laisser la porte ouverte malgré la perturbation possible de votre relation pendant ce temps de transformation qu’est le deuil. Il est possible que cette discussion semble avoir « cassé » quelque chose mais il faut permettre l’instauration de nouveaux repères, de nouvelles relations notamment sociales.

 

Citations

Voici quelques citations, certaines ont moins de 24h d’autres ont 2500ans. Ces citations montre que les différences ne sont pas incompatibles avec l’unicité. Les appels au rassemblement, à l’unité ne doivent pas gommer les différences mais les sublimer.

Confucius, taoïste: « les rites de deuil sont là pour fatiguer la douleur et après y mettre fin », et Cyrille Javary, sinologue, de commenter, « c’est à dire ne pas dépasser ce double but: accompagner ceux qui partent vers là où ils vont et aider ceux qui vivent à repartir dans le mouvement de la vie ».

Matthieu Ricard, moine bouddhiste, au sujet des attentats de ce vendredi: « Avant d’être endoctrinés, tous ces jeunes ne sont pas nés en se disant: je vais tuer tout le monde autour de moi! Qu’est-ce qu’on a négligé pour que cela mène à cette horreur? »

Le Coran dans la sourate «Al Isra» (XVII-33): «Ne détruisez point la vie que Dieu a rendue sacrée.»

Bertrand Vergely, philosophe et théologien orthodoxe: « C’est dans la paix, l’amour, la générosité et la fraternité que l’humanité devient géniale. »

Pape François, catholique: « Je veux répéter avec fermeté que la voie de la violence et de la haine ne résout pas les problèmes de l’humanité »

Devise de la ville de Paris: « Fluctuat nec mergitur » c’est à dire « il est battu par les flots mais ne sombre pas. »

 

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